A quoi ressemblerait la saga Final Fantasy si elle n’avait jamais quitté le pixel art après FF6 ? La question a beau sembler incongrue, elle trouvera bien une réponse le 22 octobre sur consoles et PC avec FF Resonance.
Premier représentant de la licence à embrasser pleinement l’esthétique HD-2D, dont Square Enix s’est fait le fier ambassadeur, ce nouveau spin-off a tout de l’uchronie que personne n’osait vraiment réclamer tout haut, mais dont on avait terriblement besoin. Difficile de ne pas céder aux sirènes de la nostalgie quand une jeune équipe aussi passionnée que les joueurs ayant grandi avec la saga cherche sincèrement à nous faire revivre le bon vieux temps, en le sublimant. FF Resonance, c’est un retour aux sources assumé, loin de l’orientation action des derniers opus numérotés et de la course effrénée au réalisme qui se joue dans l’industrie.
C’est un voyage dans le temps instantané, une bulle de nostalgie réconfortante, une réalité alternative où les sprites n’auraient pas été mis au placard au profit des polygones, où le tour par tour n’aurait pas cédé sa place à l’action en temps réel et où le mot « aventure » aurait conservé tout son sens. C’est une lettre d’amour à l’âge d’or de la licence, qui dépasse le fan-service facile et qui s’annonce comme la parenthèse parfaite avant l'arrivée de FF7 Revelation au printemps 2027. A l’abri des regards et à l’écart de la cohue de la Gamescom 2026, Square Enix nous a conviés à découvrir en avant-première la première démo jouable de FF Resonance. Dès les premières minutes le jeu nous inflige sans sommation le statut Charme et aucune potion, aucun sort Esuna n’y changera grand-chose, on reste envoûtés. Car derrière son étiquette de Madeleine de Proust pour les vieux briscards se cache un jeu bien plus audacieux qu’il n’y paraît.
Du HD-2D qui ose enfin de nouvelles choses

Une heure passée en sa compagnie suffit à s’en convaincre, FF Resonance sera de ces jeux dont on aura du mal à lâcher la manette. Dès les premières notes de musique du menu, les premiers pas sur la carte du monde, le premier voyage à dos de Chocobo et les premières échauffourées, on se sent immédiatement de retour à la maison. Sauf que, cette fois, papa et maman ont enfin pris le temps de changer la moquette et de retaper les murs. Le jeu rayonne d’un charme qui transparaît par tous les pores. Sa direction artistique en HD-2D séduit au premier regard, avec ses sprites des plus jolis, ses choix de couleurs ingénieux, ses effets de lumière qui apportent une profondeur qu’aucune SNES n’aurait pu s’offrir à l’époque et ce mélange, toujours aussi singulier, entre 3D et 2D se révèle particulièrement maîtrisé. Mais le studio ne se contente pas de singer ce que la Team Asano a accompli avec Octopath Traveler et la trilogie Dragon Quest Remake, il y ajoute sa propre touche de modernité, sa propre vision. La jeune équipe ne s’interdit pas quelques mélanges plus audacieux et n’hésite pas à sortir des sentiers battus.
Certaines scènes jouent intelligemment de l’alternance entre 2D et 3D, jusqu’à transformer l’écran en véritable petit théâtre, tour à tour fait de pixels puis de CGI. Square Enix ose la mise en scène en pixels et la caméra a enfin l’audace de se déplacer, avec un défilement qui ne se limite plus au latéral et explore aussi la profondeur et la verticalité. Les attaques ultimes, elles, oscillent entre la classe absolue, comme celle de Lasswell au clair de lune, et l’absurde propre aux JRPG, à l’instar de l’attaque spéciale de Lid, véritable défilé de Chocobo tout en pixels. Quand le jeu bascule en 3D, FF Resonance le fait avec une fluidité qui nous arrache un sourire, notamment à chaque fois qu’une Vision, ces personnages issus des anciens épisodes, vient crever l’écran le temps d’une cinématique. Ce soin de la réalisation semble se retrouver partout : dans les menus et les superbes portraits des personnages, dans les réorchestrations de thèmes cultes qu’on a hâte d’écouter en boucle, dans les doublages, anglais ou japonais, de bonne facture, tout comme sa traduction intégrale en français.
Le grand retour du tour par tour à l'ancienne, mais modernisé

Au-delà de son emballage, qui a tout d’un délicieux bonbon visuel, FF Resonance renoue surtout avec le tour par tour qui a longtemps façonné la réputation de la licence. Exit l’ATB et ses subtilités temporelles, le système de combat retrouve sa forme d’antan, matérialisée par une barre de tour parfaitement lisible en haut de l’écran, qui permet d’anticiper ses actions avec précision. Certains trouveront sans doute les menus de combat un peu austères et l’interface un rien chargée, mais l’action, elle, reste parfaitement lisible. Tout est clair, des dégâts infligés, au pourcentage de la jauge de Déstabilisation qu’on viendra grignoter avec une attaque, aux faiblesses ennemies découvertes en cours de combat.
Si FF Resonance fait clairement du pied aux vétérans, il n’oublie pas non plus les options de confort modernes, comme la possibilité d’accélérer les combats à la volée d’une simple pression sur Triangle pour ceux qui n’ont pas le temps de savourer chaque animation, de cibler plusieurs ennemis ou alliés simultanément, ou de signaler l’arrivée d’un combat aléatoire grâce à un cercle sur la minimap qui vire au rouge quand une escarmouche est sur le point de se déclencher.
J'ai la Vision

Puis le jeu nous embarque dans ses combats avec son lot de spécificités, comme des actions bonus qui se déclenchent sous certaines conditions pour asséner une attaque supplémentaire, des Espers, les invocations, qui agissent librement pendant trois tours, ou encore les attaques spéciales des Visions, choisies parmi celles équipées par chaque personnage, qui demandent au préalable d’avoir étourdi l’ensemble des ennemis présents. Ce seront d’ailleurs sans doute elles, les vraies stars de Final Fantasy Resonance. Héritage de son passé de jeu mobile, FF Brave Exvius, le titre reprend surtout les personnages principaux des épisodes majeurs de la licence, allant de Cloud à Terra en passant par Noctis. Rien que la cinématique qui accompagne leur attaque spéciale suffit à faire vibrer méchamment la corde nostalgique, mais elles apporteront surtout une réelle profondeur au gameplay, notamment dans la construction de builds.
Chaque Vision embarque en effet avec elle un set de compétences, qui s'étoffe à mesure qu’elle gagne en niveau et que le rang du personnage qui l’a équipé s’améliore. Chaque compétence apprise par une Vision pourra ensuite être transférée à tout au moment depuis le menu pour chaque combattant ayant pris le temps de combattre à ses côtés. Avec 8 emplacements de compétences à pourvoir et des capacités qui gagneront progressivement en puissance, FF Resonance devrait sans mal tenir sa promesse de personnalisation poussée. Et dès le premier combat de boss, pourtant vers les débuts de l’aventure, le champ des possibilités stratégiques semblait déjà vertigineux, alors même que plusieurs Visions étaient encore verrouillées.
Avec autant d’outils pour créer une équipe surpuissante, il fallait bien en face des adversaires à la hauteur et qui ont du répondant. Nous avons pu éprouver le système de combat lors d’un des premiers grands combats de boss du jeu, un Chevalier Dragon, et FF Resonance ne s’annonce clairement pas comme une petite promenade de santé. Rien d’insurmontable pour le joueur rodé aux codes de la saga, mais plusieurs confrères ont buté sur ce combat, on mettra ça sur la fatigue de la Gamescom pour préserver leur ego. Rien de révolutionnaire dans sa construction, mais l’affrontement n’en restait pas moins grisant. Et sachant que ce n’était qu’un avant-goût de FF Resonance, on a hâte de replonger dans ce voyage dans le temps qui sent décidément bon la modernité. Parce qu’au terme de cette première heure, on n’a finalement qu'effleuré la surface d’un jeu qui promet 40 quêtes conçues rien que pour approfondir le casting de FF Brave Exvius, dont les personnages principaux sont tirés, des mini-jeux, des collectibles et un système de création de builds bien plus fourni. Vivement le 22 octobre 2026.

FF Resonance le futur incontournable pour les fans de la licence ?
FF Resonance sera bien une lettre d’amour aux Final Fantasy d’autrefois, ceux qui nous ont fait tomber amoureux de la licence. Mais une lettre écrite avec autre chose qu’un vieux stylo plume retrouvé au fond d’un tiroir. Le jeu marie nostalgie et modernité dans une valse qui nous a paru maîtrisée et qui nous a rappelé pourquoi on a tant aimé Final Fantasy pendant toutes ces années. Une heure de jeu ne suffit évidemment pas à juger la profondeur d’un titre qui en demandera une quarantaine rien que pour sa quête principale, mais cette démo dessine déjà les contours d’un projet ambitieux, qui pourrait devenir le nouvel étendard du HD-2D. Si le reste du jeu tient les promesses de cette démo, Square Enix pourrait bien tenir là son meilleur argument pour faire revenir les fans déçus de la dernière décennie.
